Insomnie : quelles prises en charge ? Quels traitements ?

24 février 2021 Ma santé

Derrière la notion d’insomnie peut se cacher bon nombre de troubles du sommeil différents, allant de la difficulté d’endormissement jusqu’aux réveils nocturnes… Quel mécanisme précis se cache derrière l’insomnie ? Comment la diagnostiquer et la prendre en charge ? Quels traitements privilégier ?

La difficulté du diagnostic.

Alors qu’il est aisé de montrer un excès de cholestérol ou du diabète via une analyse sanguine, poser le diagnostic de l’insomnie l’est beaucoup moins, car les plaintes sont subjectives et relèvent des ressentis du patient. Il arrive de croire à tort mal dormir alors qu’il n’en est rien et inversement. Mais encore, les outils de diagnostic de l’insomnie ne sont pas aussi simples et faciles d’accès que pour d’autres familles de pathologies. Bien qu’une balance et une calculatrice suffisent à calculer l’Indice de Masse Corporelle (IMC) pour diagnostiquer l’obésité, confirmer une insomnie requiert des examens plus longs et parfois fastidieux, souvent sources de retard de prise en charge. Enfin, une autre difficulté de l’insomnie réside en son étiologie, car elle peut cacher une pathologie sous-jacente, organique ou psychiatrique, comme un trouble anxio-dépressif (1).

 

Les étapes du diagnostic

L’interrogatoire du patient commence par un bilan hygiéno-diététique dans le but de repérer une éventuelle prise excessive d'excitants comme la caféine par exemple. Cela est souvent complété par la tenue d’un carnet consignant, au jour le jour, des informations relatives à la qualité du sommeil, du réveil et de la fatigue diurne. Comme l'auto-évaluation n'est pas pleinement fiable, avec des durées d'endormissement souvent surestimées, ce ‘journal de bord’ peut être précisé par un actimétre. Ressemblant à une montre connectée, cet appareil mesure la qualité du sommeil en enregistrant les impulsions électriques des activités musculaires et neuronales. Au besoin, une polysomnographie pourra également être réalisée au sein d’un service hospitalier spécialisé. Au moyen d'électrodes, cet examen enregistre les différentes phases du sommeil (léger, profond et paradoxal) et décèle une éventuelle apnée du sommeil qu’il faudra traiter pour améliorer l’insomnie consécutive (2).

 

L’allopathie face à l’insomnie

La prise de somnifères (hypnotiques) ne devrait s’envisager qu’en cas d’insomnie transitoire et sur une période la plus courte possible. Appartenant à la famille des benzodiazépines (estazolam, loprazolam, lormetazépam, etc.) et apparentés (zolpidem et zopiclone), ils offrent une action sédative en inhibant le système nerveux central au niveau des récepteurs du système GABA-A. Les hypnotiques entraînent ainsi une modification des paramètres du sommeil comme l’endormissement ou la durée de ses différents stades. Malheureusement, l’effet hypnotique est soumis à une tolérance et une pharmacodépendance rapide, à l’origine d’une perte d’efficacité et d’un échappement thérapeutique rapide. Aussi, les hypnotiques peuvent être responsables de sédation résiduelle diurne, d’amnésie rétrograde ou encore de troubles du comportement. Pour toutes ces raisons, leur prescription devrait être très brève (quatre semaines maximum). Certains antiallergiques, comme les antihistaminiques H1 (doxylamine, prométhazine, etc.), peuvent être également utilisés pour leur effet secondaire sédatif. Mais, comme ils sont sources de somnolence diurne et d’interactions médicamenteuses, ils ne sont pas de première intention dans le traitement de l’insomnie (3).

 

Approche en phyto-aromathérapie

De nombreuses solutions en phyto-aromathérapie reconnues peuvent être proposées dans les troubles du sommeil comme la valériane (Valeriana officinalis) ou encore le pavot de Californie (Eschscholtzia californica). L’acide valérénique et les valépotriates de la valériane agissent sur le système GABA, tandis que les alcaloïdes de l’eschescoltzia de la famille des pavines se fixent sur la même famille de récepteurs aux benzodiazépines. Cela confère ainsi les mêmes propriétés hypnotiques que benzodiazépines mais sans effets secondaires. Une autre solution en phytothérapie est l’aubépine (Crataegus monogyna, C. laevigata) qui est riche en polyphénols, en flavonoïdes et en amines aromatiques cardiotoniques. Ces composants lui confèrent une activité importante au niveau du myocarde avec une action inotrope, dromotrope et chronotrope positive et bathmotrope négative. C’est une solution de choix en cas d’éréthisme cardiaque avec troubles du sommeil associés. Quant aux huiles essentielles, certaines renferment des composés volatils aux propriétés thérapeutiques intéressantes comme l’huile essentielle de lavande fine (Lavandula officinalis) qui bénéficie même de l’approbation de l’Agende Européenne du Médicament (l’EMA) dans une monographie concernant l’indication ‘stress et aide à l’endormissement’. Ces substances (linalol, acétate de linalyle et terpinene-4-ol) offrent une action anxiolytique, sympatholytique et inductrice de sommeil, que cela soit en inhalation ou en diffusion (4).

 

Approche psychologique de l’insomnie

Une prise en charge comportementale est envisageable et présente deux volets : le contrôle des stimuli et la restriction du temps passé au lit. L’insomnie résulte souvent de mauvaises habitudes qui conditionnent négativement le fait d’aller au lit, ainsi les personnes souffrant d’insomnie ont un temps passé au lit long mais peu efficace. En restreignant ce temps, on augmente artificiellement la dette et l’envie de sommeil afin de faciliter ensuite l’endormissement. Le cerveau réassocie peu à peu ‘lit’ avec ‘sommeil’ pour dormir mieux et non pas davantage. En parallèle, il faut limiter les stimuli négatifs et les croyances erronées sur le sommeil comme par exemple « je dois dormir cette nuit » ou encore « je vais mal dormir ». D’ailleurs, cela reflète souvent une anxiété de performance et de manque de maîtrise sur le sommeil. Quelques conseils de correction souvent prodigués sont de ne se coucher que lorsqu’on a sommeil ou encore de proscrire télévision et smartphone au lit qui diminuent la production de mélatonine en stimulant la rétine (5).

 

Les limites des traitements

Face à une insomnie chronique, se limiter à prendre un somnifère serait aussi délétère que de se contenter d’un antalgique quand on se coince le doigt dans une porte sans chercher à la rouvrir mais en y laissant le doigt coincé. Il en est de même avec l’insomnie : soigner le problème sous-jacent à l’origine de l’insomnie au lieu de se limiter aux hypnotiques. D’ailleurs, il n’est pas rare que votre véritable ennemi ne soit pas le sommeil, mais un autre facteur comme le stress ou une mauvaise hygiène de vie d’où l’importance de se prendre le temps de faire un bilan de son sommeil.

 

Pour aller plus loin

Bien qu’elles existent, aucune méthode « douce » ou « alternative » de type « Fleurs de Bach » ou homéopathique n’est validée par le corps médical en raison de l’absence de preuves d’efficacité. En cas de doute sur l’une d’elles, que votre insomnie soit transitoire ou chronique, votre médecin et votre pharmacien sauront vous orienter vers des thérapeutiques validées avec des posologies adaptées, en limitant les effets secondaires et interactions médicamenteuses, pour que votre sommeil redevienne votre allié.

 

Bibliographie :

1. D’après le dossier de Joëlle Adrien directeur de recherche à l'INSERM intitulé « Insomnie : trouble neurobiologique et psychologique » – Année 2017

2. D’après le questionnaire d’évaluation du sommeil du Reseau Morphée – Année 2020

3. D’après la Société Française de Pharmacologie et de Thérapeutique, article « Réponses d’experts » – Année 2020

4. D’après le mémoire de D.I.U. de Phytothérapie – Aromathérapie de Matahri L. intitulée « Prise en charge des troubles mineurs du sommeil grâce à la phytothérapie et l’aromathérapie » de l’Université Paris-Descartes – Année 2018.

5. D’après le « Guide clinique de thérapie comportementale et cognitive » – Année 2007.

 

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