La thérapie comportementale pour traiter les insomnies liées aux douleurs chroniques : ça marche !

24 mars 2021 Actualités

Une équipe pluriprofessionnelle d’universitaires de Seattle, dans l’Etat de Washington s’est intéressée au traitement, par thérapie comportementale, de l’insomnie qui affecte particulièrement les sujets âgés souffrant de douleurs ostéo-articulaires (« rhumatismes » souvent à recrudescence nocturne).  

Le traitement mis en œuvre consistait en une thérapie cognitivo-comportementale, de surcroît médiée par téléphone, de manière à faciliter « l’accès aux soins » de patients souvent excentrés en zones rurales démédicalisées et quelquefois réticents à se déplacer. 

Plus de 300 sujets de plus de 60 ans (âge moyen légèrement supérieur à 70, avec une forte prédominance féminine) affiliés au Kaiser Permanente[1] ont ainsi été recrutés. Tous se plaignaient depuis plus d’une année, d’une insomnie objectivée par une échelle validée (Insomnia Severity Index score), insomnie vraisemblablement liée à des douleurs d’affections ostéo-articulaires. Des symptômes dépressifs et une asthénie étaient fréquemment associés.

Ces sujets ont été répartis par tirage au sort (c’est ce que l’on appelle une « randomisation ») :

  • un groupe de sujets bénéficiait de la thérapie comportementale ;

  • un autre groupe bénéficiait d’une éducation thérapeutique plus traditionnelle de l’insomnie.

La thérapie comportementale comportait plusieurs éléments.

D’abord, l’utilisation d’un « agenda du sommeil » qui accompagnait une double évolution progressive – par tranche de 15 minutes chaque semaine – visant à accroître le temps de sommeil par rapport au temps passé au lit.
Simultanément les patients partageaient des conseils et instructions de manière à réduire le plus possible le temps passé au lit sans dormir. Toutes les « routines » habituelles favorisant l’endormissement étaient également rappelées. Une attention particulière était attachée à la réduction des phases d’hyperactivité qui peuvent précéder l'endormissement.
Enfin, un travail était accompli pour mieux accepter les modifications habituelles du sommeil liées au vieillissement et finalement « positiver » chaque situation personnelle.

Cette thérapie était délivrée par des « coachs » (un psychologue, une infirmière spécialisée et un travailleur social ; tous avaient été spécialement formés pour leur intervention). 

Les patients des deux groupes ainsi été joints par téléphone, à six reprises, pour un entretien de 20 à 30 minutes sur une période de deux mois.

Les résultats ont été tout à fait probants, avec de bonnes acceptabilité et adhérence des sujets des deux groupes. A deux mois, près de 2/3 des patients du groupe thérapie comportementale pouvaient être considérés en rémission de leur insomnie ; bien plus à douze mois, plus de 56 % des patient(e)s étaient encore en rémission. Et pour le groupe éducation thérapeutique ce sont 26 et 25 % des sujets qui bénéficiaient d’une rémission à deux et douze mois.

Dans tous les cas, l’intervention par téléphone est apparue comme un moyen simple et efficace pour faciliter l’accès aux soins.

 

 

Pr Jean-Michel Chabot – Mars 2021 

 

Source : Effect of Telephone Cognitive Behavioral Therapy for Insomnia in Older Adults With Osteoarthritis Pain A Randomized Clinical Trial : Susan M. McCurry, PhD; Weiwei Zhu, MS; Michael Von Korff, ScD - JAMA intern medicine Février 2021 - Disponible ici

 

[1] Le Kaiser Permanente est une organisation de soin (hospitalier et ambulatoire) à laquelle sont affiliés plus de 15 millions d’américains, surtout côté pacifique des EU. Cette organisation est reconnue pour son excellence, grâce en particulier à un son système d’information qui fait que les professionnels qui y exercent sont bien coordonnés et que chaque patient affilié bénéficie d’un dossier médical partagé et donc d’un suivi optimal.