Covid-19 et vaccins : zoom sur les stratégies vaccinales

10 février 2021 COVID-19

Les medias français et européens ont largement commenté les différentes stratégies vaccinales mises en œuvre dans l’un ou l’autre des pays concernés ; aux Etats-Unis (EU) aussi, ce débat existe.

En témoigne cet article publié dans le numéro du 6 janvier 2021 du New England Journal of Medicine (ce journal scientifique américain, de renommée mondiale, où avaient été publiés quelques semaines plus tôt les premiers résultats des études démontrant l’efficacité du premier vaccin disponible contre la Covid 19).
 

Un mot sur les auteurs. Le premier est un chercheur de l’université de North Carolina, spécialisé dans le management et l’innovation des techniques consuméristes ; le second est médecin, également universitaire à Stanford en Californie dans un centre dédié à la recherche en excellence des pratiques cliniques.

L’article commence par resituer l’énorme effort financier consenti aux EU (un peu plus de 10 milliards de dollars) pour mener de la conception à la mise à disposition publique, en moins d’une année, un vaccin efficace ; en réalité ce sont 11 candidats « vaccins » qui sont soumis à l’évaluation de l’Agence américaine (dont deux ont déjà obtenu l’autorisation, à la date de cette publication).

Puis les auteurs donnent des indications sur l’opinion des américains et leurs intentions de se faire vacciner ou pas ; en réalité ces intentions sont assez fluctuantes avec un « pic » au printemps 2020 puis une chute à près d’un américain sur deux en septembre dernier, avant une timide remontée ; les réserves ne sont donc pas propres à la France et aux français. A noter que parmi les opposés à la vaccination, la moitié indiquent se tenir prêts à reconsidérer leur opposition aussitôt qu’il y aura un peu de recul et que davantage d’informations seront disponibles … 

Enfin, les auteurs proposent une stratégie vaccinale précisément fondée sur les intentions des « citoyens » ; qu’ils segmentent en quatre catégories : les très favorables, les plutôt favorables, les plutôt opposés et les très opposés. Pour chacune de ces quatre catégories, ils proposent une large série d’informations et d’actions à mettre en œuvre, allant de l’implication de l’ensemble des professionnels de santé, aux diverses associations d’usagers et aussi aux employeurs et faisant appel à des techniques de dynamique de groupe ou psychologiques motivationnelles ou même à des « incitations » y compris financières !

L’objectif étant d’atteindre un taux de vaccination de l’ordre de 80 %, selon eux significatif d’immunité collective (ce qui est sensiblement supérieur aux taux évoqués de ce côté de l’Atlantique où l’on évoque souvent 60% …). 

 

Pour en savoir plus sur la stratégie vaccinale proposée, consultez la publication : S Wood, et al. Beyond Politics — Promoting Covid-19 Vaccination in the United States. NEJM 6 janvier 2021. 

 

 

En Europe justement, les stratégies peuvent être sensiblement différentes.

On rappellera ainsi que le gouvernement français – suivant les recommandations de la HAS – a choisi de vacciner en priorité les sujets les « plus à risque » (résidents en EPHAD et sujets de plus de 75 ans avec deux doses du vaccin à ARN messager disponible dans un intervalle de trois semaines).

Les britanniques font différemment en privilégiant l’injection d’une première dose au plus grand nombre possible de sujets, recherchant ainsi une immunité partielle à titre individuel, mais la plus large possible en terme populationnel.

L’Allemagne de son coté (tout comme la Suisse) a adopté une stratégie proche de la France, mais en associant d’emblée les professionnels de santé aux premiers prioritaires et surtout en convoquant individuellement les patients, de manière éviter les « embouteillages » et à fluidifier au mieux les flux, en fonction des doses disponibles.

 

Pr Jean-Michel Chabot - Février 2021