Compléments alimentaires : rester prudents !

18 décembre 2018 Actualités

L'achat d'un complément alimentaire est complétement libre comme n'importe quel aliment.  Cependant sa consommation n'est pas tout à fait anodine et peut entrainer des effets indésirables.

Les nouvelles habitudes de consommation et de prise en charge de sa santé par les français ont entraîné une diversification de l’offre alimentaire. Parmi ces nouvelles offres comme les boissons énergisantes ou les aliments enrichis, les compléments alimentaires envahissent les étals des pharmacies, para-pharmacies et des grandes surfaces. En France, selon l’étude INCA 3 (étude Individuelle Nationale des Consommations Alimentaires 3) près d'un adulte sur quatre a consommé des compléments alimentaires au moins une fois dans l'année. Le marché des compléments alimentaires est dynamique et en France représente 1.8 Md€ de chiffre d’affaires en 2017 (Synadiet).

Qu’est-ce qu’un complément alimentaire ?

D’après l’Ordre des Pharmaciens, on entend par compléments alimentaires : « les denrées alimentaires dont le but est de compléter le régime alimentaire normal et qui constituent une source concentrée de nutriments ou d’autres substances ayant un effet nutritionnel ou physiologique seuls ou combinés. ».

Ils sont commercialisés (en grandes surfaces, pharmacies, magasins spécialisés ou sur internet) sous forme de doses, telles que les gélules, les pastilles, les comprimés, les pilules et autres formes similaires, ainsi que les sachets de poudre, les ampoules de liquide, les flacons munis d’un compte-gouttes et les autres formes analogues de préparations liquides ou en poudre destinées à être prises en unités mesurées de faible quantité (décret n° 2006-352 du 20 mars 2006 modifié relatif aux compléments alimentaires - article 2, directive 2002/46/CE modifiée).

A qui s’adressent les compléments alimentaires ?

L’achat de compléments alimentaires est complétement libre au même titre que n’importe quel aliment. Sauf exception, un complément alimentaire ne peut pas revendiquer d’effets thérapeutiques. Sinon, au lieu d’être classé parmi les produits alimentaires, il serait considéré comme un médicament et réglementé comme tel.

Par contre ce n’est pas un aliment dont la consommation est sans risque. En effet sans surveillance par des professionnels de santé, il peut exister des risques de dépassement des limites de sécurité de la quantité absorbée en vitamines ou minéraux.

Les déficits et carences sont très rares dans la population générale française : une alimentation équilibrée permet d’apporter les nutriments nécessaires pour couvrir les besoins. Or, en ajoutant la consommation de compléments alimentaires alors que les besoins ne sont pas avérés, la personne peut prendre un risque pour sa santé. Toutefois, un professionnel de santé peut être amené à conseiller de compléter une alimentation par des compléments alimentaires pour certains groupes de population (personnes malades dénutries, femmes enceintes…).

Quelle est la sécurité associée à la consommation de ces produits ?

La sécurité sanitaire de ces produits est largement contrôlée et ils sont soumis au respect d’une réglementation adaptée. Cependant comme toute substance ingérée, ils sont susceptibles de contenir des composés pouvant entraîner des effets indésirables.

Dans le cadre de ses missions de vigilance, l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) a mis en place un dispositif de nutrivigilance. Ce système de veille sanitaire a la mission de recueillir et d’analyser d’éventuels effets indésirables liés à la consommation des compléments alimentaires, des nouveaux aliments, d’aliments et boissons enrichis et de denrées destinées à des populations spécifiques. Ce dispositif unique en Europe a été mis en place en 2009.

L’effet indésirable lié à une denrée alimentaire est une réaction nocive se produisant dans les conditions normales d’emploi chez l’Homme ou résultant d’un mésusage pouvant conduire à l’apparition de symptômes (crampes d’estomac, diarrhées, maux de tête, éruption cutanée…) plus ou moins grave allant de la simple gêne à une réaction pouvant conduire à des soins.

Depuis la mise en place du dispositif de nutrivigilance, parmi les 1565 cas d’effet indésirables étudiés, les produits majoritairement déclarés sont les compléments alimentaires, représentant 76 % des cas déclarés. Parmi le large éventail de compléments alimentaires disponibles, ceux présentant des allégations « minceurs » sont impliqués dans 15 % des cas recevables, suivent les compléments alimentaires capillaires (11 %) et les produits « anti-cholesterol » [1] (10 %).

En ce qui concerne les effets indésirables rapportés au dispositif de nutrivigilance concernant les compléments alimentaires, la majorité des effets indésirables déclarés sont d’ordre hépatique[2] (19,9 %), gastro-entérologique (18,4%), et allergologique (16 %).

Résultats des travaux d’enquête réalisés sur certains compléments alimentaires :

Ainsi, des avis scientifiques spécifiques ont été rendus par l’Agence sur certaines catégories de produits alimentaires ayant fait l’objet d’une évaluation des risques sanitaires.

Par exemple, des études ont été menées sur la consommation et les risques associés des compléments alimentaires destinés aux sportifs (publiée en décembre 2016) et ceux consommées par les femmes enceintes (publié en mai 2017).

Egalement, des avis téléchargeables gratuitement sur le site de l’ANSES ont été publiés sur les compléments alimentaires contenant par exemple :

  • Des pollens et des produits de la ruche
  • De la mélatonine,
  • De la spiruline
  • de la levure de riz rouge

Avis relatif aux risques liés à la présence de « levure de riz rouge » dans les compléments alimentaires :

Dans le cadre d’un traitement visant à réguler le taux de cholestérol sanguin, la prescription de certaine famille de statines est sujet à discussion du fait de l’apparition d’éventuels effets indésirables. Certaines personnes font le choix d’utiliser des compléments alimentaires à base de « levure de riz rouge ». L’ANSES a publié en février 2014 un avis relatif aux risques liés à la présence de « levure de riz rouge » dans les compléments alimentaires.

La levure de riz rouge contient une molécule (la monacoline K) qui isolée, est commercialisée sous le nom de lovastatine, produit pharmaceutique appartenant à la famille des statines. Cette molécule présente les effets indésirables des statines (atteintes musculaires, hépatiques…). La levure de riz rouge contient d’autres monacolines dans des quantités variables dont l’innocuité n’est pas établie.

L’ANSES recommande donc aux consommateurs :

  • de prendre conseil auprès d’un professionnel de santé avant de consommer des compléments alimentaires à base de « levure de riz rouge » ;
  • de ne pas consommer ces compléments alimentaires s’ils appartiennent aux catégories suivantes :

o femmes enceintes ou allaitantes ;

o enfants et adolescents ;

o sujets âgés de plus de 70 ans ;

o personnes atteintes de pathologies prédisposantes telle qu’une insuffisance rénale, une pathologie musculaire ou une hypothyroïdie non traitée ou souffrant d’atteinte hépatique évolutive ;

o forts consommateurs de pamplemousse (jus ou fruit) ou d’alcool.

  • de s’abstenir de consommer ces compléments alimentaires s’ils sont traités avec des médicaments hypocholestérolémiants à base de statine ou s’ils ont dû arrêter ces médicaments suite à l’apparition d’effets indésirables (patients dits « intolérants aux statines »), sauf avis médical spécifique

 

En conclusion :

Les compléments alimentaires semblent des produits anodins et sans danger. En effet, en vente libre, associés à des actions de promotion commerciale, utilisant un langage semi-médical : « peut vous aider à perdre du poids », « pour avoir des cheveux sains et brillants », « pour lutter contre la fatigue », le consommateur peut les associer à des produits sans danger.

Bien que contrôlé d’un point de vue sanitaire, une consommation non encadrée par un professionnel de santé peut s’avérer dangereuse, à la fois en entrainant des effets indésirables ou en modifiant des équilibres en vitamines ou minéreaux en cas de consommation excessive.

 

Quelques recommandations :

Femmes enceintes ou allaitantes, personnes sous traitement, veillez à demander conseils aux professionnels de santé avant de prendre des compléments alimentaires.

Cette recommandation s'adresse également aux parents qui voudraient utiliser des compléments alimentaires pour leurs enfants.

Pour éviter un surdosage:

  • ne pas prendre plusieurs compléments alimentaires en même temps,
  • respecter les doses maximales indiquées par l’étiquetage du produit
  • et tenir compte des quantités déjà apportées par l’alimentation.

Pour aller plus loin :

Ordre des pharmaciens : http://www.ordre.pharmacien.fr/content/download/155390/765191/version/2/file/R%25C3%25A9gime%2Bjuridique.pdf

ANSES : Que sont les compléments alimentaires ?

Presse: https://www.lemonde.fr/sante/article/2018/10/28/complements-alimentaires-amaigrissants-s-il-y-avait-une-molecule-miracle-elle-serait-remboursee-par-la-securite-sociale_5375751_1651302.html?xtmc=touvier&xtcr=1

Sante.fr: https://sante.fr/les-complements-alimentaires#q=recherche/info&text=compl%C3%A9ments%20alimentaires&nid=135501

 

[1] Un produit présentant l’allégation « anti-cholesterol » est un produit pouvant permettre de réguler son taux de cholestérol sanguin

[2] C’est-à-dire touchant les fonctions du foie